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MARS RED SKY s/t

DE LA TERRIBLE BEAUTÉ D’UNE INITIATION

    Ce premier album de Mars Red Sky est un album d’une grande beauté. D’une beauté terrifiante aussi. Comme un monstre qui voudrait ne plus être seul mais qui refuserait qu’on l’approche et qu’on le suive dans des territoires incertains ; un monstre qui tour à tour se déroberait et se laisserait apercevoir par des yeux encore à demi ouverts. Car c’est d’une initiation dont il s’agit ici, une initiation qui est un geste d’amitié et d’altruisme mais aussi de survie.

    En manière de présentation : Mars Red Sky est un trio de Bordeaux né en 2008, influencé par une scène psychédélique et desert rock qui n’en finit plus d’être en plein essor. Quasiment sans limites géographiques ou esthétiques, il s’agit, pour le dire vite, d’une des scènes les plus intéressantes et généreuses du moment.

    Dans cet album (7 chansons pour 40 minutes de musique, comme aux grandes heures du rock), on entend un peu tout ce qui fait le charme d’un son hérité des 70’s, mélange grandiose et chaleureux de Hendrix et de Black Sabbath, d’où découlent tout naturellement les influences de Dead Meadow, Acid King ou Kyuss, pour ne citer que ces trois grands groupes : des riffs qui tombent d’aplomb sur une terre aride, survolés par de magnifiques et pertinentes fulgurances aériennes de la guitare et des prises d’acides sous mille soleils. Et au milieu de tout cela est une voix claire et magnifique qui nous fait aussi penser à la musique shoegaze, lourde, mélodique et envoutante. La voix d’un homme qui meurt de solitude (« Please let me hold your hand », entend-on dans Strong Reflection, première et fascinante chanson d’un album qui ne l’est pas moins) mais qui cherche à nous protéger (« Where I’ve been you don’t want to know »). Un homme luttant de toutes ses forces contre sa passion, pris entre Charybde et Scylla, maître et prisonnier d’une demeure aux colonnes de marbre où scintillent les miroirs aux alouettes ; une demeure meurtrière pour les non-initiés.

    Ce dilemme qui se joue en lui, à savoir accepter d’être accompagné et sauvé, malgré la peur de perdre la personne qui désire le suivre et le sauver, ne peut se résoudre que par un long cheminement, des traversées d’épreuves et la réduction de la distance qui le sépare de cette autre personne ; une distance qu’il impose, et qui est aussi bien mentale que physique.

    Les chansons instrumentales de l’album sont là pour illustrer ce déchirement et ce rapprochement : c’est dans ces silences de la voix que tout se joue et c’est dans ce paysage étrange – un paysage mental ? – peint par les instruments que se fait le chemin, comme une rencontre onirique qui apporterait le courage et la solution en même temps que le réconfort (Saddle Point).

    Un chemin qui a tout de la traversée d’un désert ou de l’ascension d’un mont venteux : ainsi, l’album se clôt avec Up the Stairs, la bien-nommée, où cette figure de la solitude nous invite à la rejoindre enfin, là où se trouve les mystères (les « secrets they won’t show » de la première chanson). Marche après marche se rapprocher et ne pas se laisser saisir par l’effroi – pas si près du but. C’est le moment où l’on écarte le voile et où l’on fait entrer le vent de la liberté.

    « Nos yeux reçoivent la lumière d’étoiles mortes » a écrit André Schwarz-Bart en ouverture de son livre Le Dernier des Justes : pour Mars Red Sky, ces étoiles mourantes survivent dans l’éclat des yeux de celui ou de celle qui aime et est aimé (« Dead stars are burning in the sky / Their light reflecting in your eyes ») et de ceux qui sont prêts à risquer leur vie en regardant dans l’abîme : fixer l’art les yeux grands ouverts, au risque de sombrer.

    Un désert est le plus grand et le plus terrible des labyrinthes pour qui est seul. Mais cet album, qui s’ouvre et se conclut avec deux des plus fascinantes chansons composées depuis longtemps (Strong Reflection / Up the Stairs), ne laisse pas son auditeur dans la solitude : il le prend par la main, le séduit, s’adresse à lui, lui parle et a besoin de lui. La solitude est abolie et le Minotaure est sauvé.

    Désormais il n’y aura plus de sang sur l’épée de Thésée.

***

MARS RED SKY, MARS RED SKY, Emergence Records

1. Strong Reflection

2. Curse

3. Falls

4. Way To Rome

5. Saddle Point

6. Marble Sky

7. Up The Stairs


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