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HABEMUS PAPAM de Nanni Moretti

QUI POUR DIRIGER LE MONDE ?

Avec Habemus Papam, Nanni Moretti, palme d’Or à Cannes en 2001 pour La Chambre du fils, et prochain président du jury de ce même festival, a réalisé un des films de l’année 2011.

L’histoire se déroule sur quelques journées : un pape est enterré, les cardinaux, pressés par le temps, élisent, comme des écoliers, le cardinal Melville (joué par Michel Piccoli), pourtant nullement favori mais satisfaisant le plus grand nombre. On le pousse à accepter, le vote est confirmé, la foule massée sous le balcon de la basilique Saint-Pierre de Rome exulte, mais le nouveau pape, paniqué, ne se présente pas. Les rideaux rouges, battus par le vent, laissent entrevoir une béance inquiétante.

Un psychanalyste (Nanni Moretti) est alors convoqué et assigné à résidence pour aider le nouveau souverain pontife malgré la perplexité des hommes d’Église. Le pape, profitant d’un rendez-vous en ville avec un autre psychanalyste, pour plus de liberté, s’enfuit, et tente de satisfaire un désir ancien en rejoignant l’entourage d’une troupe de théâtre qui répète La Mouette de Tchekhov, tandis que les cardinaux, ignorants la situation car trompés par un jeu d’ombre faisant croire à la présence du pape dans leurs murs, commencent un tournoi de hand-ball, arbitré par le psychanalyste. Le théâtre – donc la poésie et l’art – et le sport comme des façons de tromper le temps, l’ennui et la peur.

Le pape est retrouvé et, cette fois, se présente au balcon. Mais après un discours lucide et grave il se retire, sur le Dies Irae du Miserere d’Arvo Pärt, laissant la foule et les cardinaux absolument seuls et qui, sous le choc, se prennent la tête. Le balcon est vide, comme une image de fin du monde, comme une pièce qui ne commencerait pas.

Parfois comique, grâce au rôle de Nanni Moretti, spectateur contraint de cet univers clos et codifié, il s’agit pourtant d’un film grave. Grave car cette image finale et terrifiante d’un balcon vide, déserté, abandonnant une foule en drapeaux pleine d’attente est peut-être une des images de cette année 2011 où le monde a couru à sa perte, une année où les dirigeants politiques ont avoué leur impuissance à gouverner, laissant l’économie dévorer les peuples.

La non-élection d’un pape ou le refus de diriger serait, pour une majorité, un non-évènement ; mais ce non-évènement, dans un lieu si petit (et pourtant gigantesque : il n’est que de voir Melville s’adosser à une immense porte après une course dans les couloirs du bâtiments  pour prendre conscience de l’importance et du poids de sa tâche et de sa faiblesse comme homme) a une étrange résonance avec la situation mondiale. Ce film est une œuvre d’art, qui fait tenir le monde dans quelques chambres et couloirs, sur la scène d’un théâtre, dans le discours d’un fou et dans les dessins d’un enfant.

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